Kaolack : La Douane saisit 35 cartons de cuisses de poulet

Kaolack : La Douane saisit 35 cartons de cuisses de poulet

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Kaolack : La Douane saisit 35 cartons de cuisses de poulet
Les éléments de la brigade mobile des Douanes de Kaolack, qui s’activent dans la sécurisation du marché intérieur dans ce contexte de Covid-19 et la protection de la santé des populations, ont saisi 35 cartons de cuisses de poulet à hauteur de Bil Bambara dans la commune de Ndiaffat, département de Kaolack.
Selon L’AS qui donne l’information, il faut rappeler que les douaniers sont plus que jamais déterminés à combattre le trafic illicite sous toutes ses formes. Ils restent mobilisés pour une surveillance efficace du territoire douanier en vue du démantèlement des couloirs et réseaux de trafics de produits prohibés.
Un Conseil présidentiel sur la relance de l’économie annoncé

Un Conseil présidentiel sur la relance de l’économie annoncé

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Un Conseil présidentiel sur la relance de l’économie annoncé
Le président Macky Sall a confirmé la tenue mardi prochain à Dakar d’un Conseil présidentiel consacré à la relance de l’économie sénégalaise, a appris l’APS de source officielle.
Il en a fait l’annonce mercredi aux membres du gouvernement réunis en conseil des ministres au Palais de la République, rapporte notamment le communiqué sanctionnant cette rencontre.
Ce Conseil présidentiel auquel vont participer tous les acteurs et partenaires concernés va se tenir dans un contexte de recul des performances économiques du pays sur fond de crise sanitaire née de la propagation du Covid-19.
Une croissance économique de 0, 7 % est attendue à la fin de l’année contre une prévision de départ de plus de 6 %. Des chiffres confirmés également par le Fonds monétaire international.
Le président de la République, revenant sur les impacts économiques et sociaux de la pandémie de Covid-19 et de l’amélioration soutenue du climat des affaires au Sénégal, a réitéré au Gouvernement ses directives relatives à la préservation des emplois dans les entreprises, au maintien durable des mesures de promotion des investissements et de soutien au développement du secteur privé national, indique ainsi le communiqué.
Dans une étude rendue publique la veille, l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) a fait état de pertes d’emplois et de diminution de revenus en lien avec la crise sanitaire.
La majorité des ménages sénégalais a été impactée par la pandémie de Covid-19 en termes de perte d’emplois, de diminution de revenus et de difficultés d’accès aux services de base, souligne l’étude menée entre le 3 juin et le 19 juillet.
Parmi les chefs de ménages qui avaient un emploi avant la crise, 60 % ont conservé le même emploi, 4 % ont changé d’emploi et 36 % ont arrêté de travailler, dont 30% pour des motifs liés au Covid-19, selon l’ANSD.
Départementalisation de Keur Massar ?

Départementalisation de Keur Massar ?

Effaçons une page d’histoire pour avoir un monde sans âme ?
Face aux inondations récurrentes la colère1 des populations de la banlieue de Dakar et
leur promptitude à en imputer la responsabilité aux autorités de l’Etat et en particulier au chef
de l’Etat peuvent amener ce dernier à prendre des décisions dont l’objectif immédiat est de
faire revenir le calme et la sérénité.
Ce qui peut être un recours efficace dans un pays où « la parole et le verbe sont magie, car
la parole crée le nommé par sa vertu intrinsèque » ainsi que le disait à juste titre l’ancien
Président poète Léopold S Senghor.
Dans le cas présent, c’est Keur Massar qui vient de recevoir la visite du Président de la
République apportant en guise de présent, un projet de départementalisation destiné à
remonter le moral et à réconforter ses habitants. Un effet d’annonce comme point d’orgue
après son engagement à faire évacuer daredare toutes les eaux qui ont envahi rues, places
publiques et habitations dans cette localité qui a récemment connu une rapide extension. A
Mbao aussi (où le Président de la République n’est pas venu) les populations ont crié leur
colère mais en sus, leur indignation, car paraît –il, les eaux pluviales provenant de la
commune voisine de Keur Massar, de l’autoroute à péage et de diverses localités
environnantes vont être drainées vers le marigot qui traverse de part en part tout le territoire
communal avant de frôler le rivage. Un marigot chargé d’histoire dont les riverains
s’inquiètent de l’envahissement des eaux auxquelles se sont mêlées des eaux usées qui, en
permanence dégagent une odeur fétide. Le fait que la mer avance inexorablement et souvent
remonte avec furie la petite bande de terre qui la sépare des deux bras du marigot constitue
une situation dangereuse pour les pécheurs et leurs pirogues mais aussi pour les riverains dont
les domiciles sont envahis par les eaux, parfois en pleine saison sèche. C’est pourquoi les
populations parmi lesquelles les champions de lutte Eumeu Séne et Gris Bordeaux exigent, à
juste raison, des mesures d’accompagnement, ainsi que le quotidien ‘‘l’Enquête’’ s’en est fait
récemment l’écho. « Le marigot doit être aménagé, c’est un besoin impérieux !» disent à
l’unisson les jeunes regroupés autour de la plateforme pour le Développement Durable de

1

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Mbao dont Guirane Diéne est le coordinateur. En effet, c’est la solution qui permettra de
dissiper l’anxiété non seulement des riverains et des pécheurs mais aussi des habitants de
Keur Mbaye Fall, Kamb, Toll Diaz etc… qui subissent aussi certaines incommodités.
Mais l’autre grave problème qui accroit la frustration des habitants de la commune de
Mbao est cette annonce de la départementalisation de Keur Massar. Ce qui se ferait au
détriment de Mbao. Ce que, selon toute apparence l’ancien Président Abdoulaye Wade
hésitait à faire, pour ne pas provoquer un déséquilibre administratif et politique susceptible
d’entraver l’harmonie sociale et le progrès des populations dans cette vaste zone qui, il est
vrai, ne peut et ne doit plus être gérée administrativement à partir de Pikine.
En tout état de cause il existe des critères de choix d’une ville comme chef-lieu de
département … les activités économiques, l’homogénéité sociale, la démographie sont
notamment prises en compte. Il semble que ce dernier critère ait guidé dans le choix de Keur
Massar. Dans ce cas comment comprendre que dans la perspective d’un Sénégal émergent
l’on fasse abstraction du fait que Keur Massar n’est qu’une ville dortoir ? En effet, c’est dans
la zone de Mbao que sont implantées les unités industrielles et certaines parmi les plus
importantes du Sénégal (la SAR et les ICS en plus de PATISEN et d’autres établies depuis le
temps de la Z.F.I). Ceci, en sus de la pêche traditionnelle e du maraichage dans la forêt de
Mbao, elle aussi, chargée d’histoire.
L’histoire, parlons-en ; parce que les représentations historiques constituent un des
fondements essentiels du vivre ensemble dans un espace social. Mbao, village pluri-séculaire
lébu a fait naître Keur Massar sur un de ces nombreux lieux dits qui constituent ce qu’on
appelle aujourd’hui la forêt de Mbao, un lieu-dit dénommé ’’ Banxas ‘’en wolof (branchages
en français). En effet le territoire de Mbao s’étendait du littoral nord au littoral sud et de l’axe
Mbeubeuss-Boune à l’ouest au cap des Biches à, l’Est. Dans cette zone des Niayes, qui sont
des dépressions inter-dunaires, les habitants de Mbao pratiquaient des cultures pluviales
(arachide essentiellement) sur les sols dunaires (diors en wolof) et des cultures légumières de
saison sèche (patate, choux, tomate…) sur les bas-fonds (deurs en wolof). Banxas, Mbass,
Nguêne Golo, Xoly, Beul, Ndiakane, Mbeubeuss etc… autant d’appellations toponymiques
dont la signification se perd dans la nuit des temps. Aucun pouce de terrain dans ce terroir
n’échappait à la propriété coutumière des habitants de petit Mbao et grand Mbao qui ont
toujours combiné la pêche et l’agriculture. Un terroir dont l’administration coloniale détacha
800ha à la fin du XIX e

siècle pour en faire plus tard la 2éme zone de captage (après Hann),
pour l’alimentation en eau potable de la ville de Dakar. De nouvelles espèces végétales,

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l’anacardier et l’eucalyptus furent plantées sur les sols diors tandis que les deurs restaient le
domaine du palmier à huile. Mais même dans ce domaine public le colonisateur ne spolia
aucun propriétaire coutumier. En 1936 au titre de ‘’ Mbao et Dépendances’’ les Mbaois
obtinrent un siège au Conseil Municipal de Dakar. Des infrastructures (alimentation en eau,
voie d’accès, une école) allaient être construites à grand Mbao d’abord ensuite petit-Mbao,
Keur Mbaye Fall, Kamb. Mais le désenclavement de banxas (Keur Massar) situé à 4km ne se
fera que beaucoup plus tard.
Mbao est un lieu de vie où de grandes figures historiques du Sénégal avaient une ou
des ascendances. Des guides spirituels comme Serigne Mansour SY, Khalif Général des
Tidjianes , Mame Alassane Thiaw LAYE ,Khalife Général des Layénes, des chefs coutumièrs
comme les Serîn Ndakaaru Abdou Cogna DIOP , Mor Maréme DIOP, des hommes politiques
tels Ibra SECK( Maire de Rufisque de 1929 à 1933 et récemment Assane SECK, ministre,
Demba SECK Député-maire de Pikine, Mamadou SECK, Président de l’Assemblée
Nationale, l’actuel ministre de la Pêche, Alioune NDOYE ; des champions de lutte africaine,
Ousmane MBENGUE et THIAW Mbao qui contribuèrent à faire connaitre la lutte sénégalaise
hors de nos frontières, par des combats d’exhibition dans les territoires de l’AOF , à l’époque
coloniale. Mbao est donc un lieu de mémoire cher à bon nombre de nos compatriotes. Mais,
contrairement aux apparences c’est peut-être le village traditionnel où se réalisa au fil du XIXe
la plus importante interprétation ethnique au Sénégal. Sur le fond lébu, des Séréeres,des
Tukulêrs, des Péls, des Wolofs, des Soninkés, des Mandingues, firent du site historique un
creuset ethnique. En fait, dès le XVIIe s (5 juin 1765) les Français avaient fait de Mbao et son
marigot la limite-est de la presqu’ile du Cap Vert dont ils voulaient faire l’arrière-pays de
Gorée. En 1924 près de 7 décennies après leur installation à Dakar, ils créèrent la
Circonscription Dakar et Dépendances acte par lequel ils détachaient Dakar de l’autorité du
gouverneur du Sénégal établi à St louis et ils refirent de Mbao la limite d’un territoire incluant
Gorée et administré à partir de Dakar. Dans ce dispositif administratif Rufisque sera intégrée
en 1937. Mais l’ensemble fut supprimé en 1946.
L’espace de Mbao voit cohabiter depuis fort longtemps des musulmans et des
chrétiens. Le centre PIE XII devenu une église et le foyer de charité du Cap des Biches sont
des toponymes bien connus au Sénégal.
Mais si nous revenons au critère démographique nous constatons qu’autour du site
historique de Mbao est née aujourd’hui une Ville nouvelle avec l’extension de Petit-Mbao et
de Keur Mbaye Fall, la création des cités Promocap, Ndèye Marie, SIPRES, et l’occupation

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de la ZAC. L’importance numérique de la population pourrait donc s’équilibrer à terme dans
les deux communes. Ville champignon construite à la hâte sur des terres souvent
sommairement aménagées dans les anciens tollu-deurs des Mbaois, donc zone non
aedificandi, Keur Massar est sans passé pour ainsi dire, sans tradition d’organisation
administrative. Contrairement à l’axe Grand-Mbao-Petit-Mbao-Keur Mbaye Fall-Kamb, cette
ville dortoir et ville champignon n’a pas eu le temps de réaliser sa propre homogénéité
sociale. Ce qui doit donner à réfléchir.
Aux dernières nouvelles, cependant le Président de la République envisagerait
d’organiser une large concertation avec les différents segments des populations concernées
avant de prendre une décision. L’espoir est donc permis. Les atouts que notre commune peut
faire faire valoir sont réels aux plans économique, social et culturel. Vivement que les
considérations électoralistes ne prennent le pas sur l’impératif de préservation de l‘intérêt
général !
Il faut convenir avec le Président de la République que le temps est venu de créer un
département dans l’espace public des communes de Mbao et Keur Massar. Et il faut saluer la
démarche qui consiste à organiser une large concertation, préalable à la prise de décision par
laquelle l’une des deux villes sera préférée à l’autre. Souhaitons que cela se fasse au nom de
la Raison et du Progrès, avec le souci de réaliser à terme l’unité et la cohésion de cet espace
social. « Un politicien est quelqu’un qui pense à la prochaine élection tandis que
l’homme d’Etat pense à la prochaine génération … » ce propos attribué à James Freeman
Clarke est à méditer. Mais la sagesse africaine n’est pas un vain mot.

Dr Adama Baytir DIOP
Mbao
adabaytir@yahoo.fr
Mbao le 20/09/2020

Brutalisé par des GMI, l’étudiant Pape Abdoulaye Touré transféré à Abass Ndao

Brutalisé par des GMI, l’étudiant Pape Abdoulaye Touré transféré à Abass Ndao

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Brutalisé par des GMI, l’étudiant Pape Abdoulaye Touré transféré à Abass Ndao
Arrêté ce lundi matin devant l’université Cheikh Anta Diop par des éléments du Groupement d’intervention Mobile (GMI), l’étudiant Pape Abdoulaye Touré qui était gardé à vue au commissariat de Point E, est présentement à l’hôpital Abass Ndao où il devra prendre des soins.
Selon son avocat Me Khouraychi Ba, l’étudiant a été brutalisé par les force de l’ordre.
« Abdoulaye Touré a très mal, il souffre, il claudique, se plaint de douleurs. Le GMI aux réflexes infra belluaires est passé par là! À la Police du Point E où l’on vient de lui notifier sa garde à vue pour refus d’obtempérer, rébellion et outrage à agents, il a été dûment tenu compte de mes réserves et la décision a été prise de conduire le jeune leader estudiantin à l’hôpital Abass Ndao », informe la robe noire dans un message qui nous est parvenue.
Onu : Le Sénégal invité à abroger l’arrêté Ousmane Ngom

Onu : Le Sénégal invité à abroger l’arrêté Ousmane Ngom

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Onu : Le Sénégal invité à abroger l’arrêté Ousmane Ngom
Le Sénégal est candidat au Conseil des Droits de l’Homme de l’Onu pour 2021-2023.
 
En prélude à cette élection prévue en octobre prochain,  le Service International des Droits de l’Homme (SIDH), associé avec le Département des Informations Publiques de l’ONU,  a publié ses recommandations que chaque candidat-pays devra respecter en tant membre du Conseil. 
 
Ainsi, le SIDH  invite le Sénégal à abroger l’arrêté Ousmane Ngom portant interdiction de marche dans le Plateau, rapporte Les Échos.
 
Le SIDH recommande aussi au Sénégal de rendre possible l’exercice du droit de vote des détenus.
Inondations : Plus de 7300 sinistrés recensés à Dakar

nondations : Plus de 7300 sinistrés recensés à Dakar

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Inondations : Plus de 7300 sinistrés recensés à Dakar
La saison des pluies a enregistré des précipitations record cette année. Plusieurs quartiers de Dakar et de l’intérieur du pays sont engloutis par les eaux.
 
Ainsi, plus de 7300 sinistrés ont été déjà recensés à Dakar et sa banlieue, selon les chiffres du gouverneur de Dakar, Al Hassan Sall, repris par Walf Quotidien.
 
À noter que le chef de l’État, Macky Sall, a dégagé une enveloppe de 3 milliards Fcfa en faveur des 10 000 sinistrés des recensés par l’administration territoriale à travers le pays. 
Départementalisation de Keur Massar ?

Départementalisation de Keur Massar ?

Effaçons une page d’histoire pour avoir un monde sans âme ?
Face aux inondations récurrentes la colère1 des populations de la banlieue de Dakar et
leur promptitude à en imputer la responsabilité aux autorités de l’Etat et en particulier au chef
de l’Etat peuvent amener ce dernier à prendre des décisions dont l’objectif immédiat est de
faire revenir le calme et la sérénité.
Ce qui peut être un recours efficace dans un pays où « la parole et le verbe sont magie, car
la parole crée le nommé par sa vertu intrinsèque » ainsi que le disait à juste titre l’ancien
Président poète Léopold S Senghor.
Dans le cas présent, c’est Keur Massar qui vient de recevoir la visite du Président de la
République apportant en guise de présent, un projet de départementalisation destiné à
remonter le moral et à réconforter ses habitants. Un effet d’annonce comme point d’orgue
après son engagement à faire évacuer daredare toutes les eaux qui ont envahi rues, places
publiques et habitations dans cette localité qui a récemment connu une rapide extension. A
Mbao aussi (où le Président de la République n’est pas venu) les populations ont crié leur
colère mais en sus, leur indignation, car paraît –il, les eaux pluviales provenant de la
commune voisine de Keur Massar, de l’autoroute à péage et de diverses localités
environnantes vont être drainées vers le marigot qui traverse de part en part tout le territoire
communal avant de frôler le rivage. Un marigot chargé d’histoire dont les riverains
s’inquiètent de l’envahissement des eaux auxquelles se sont mêlées des eaux usées qui, en
permanence dégagent une odeur fétide. Le fait que la mer avance inexorablement et souvent
remonte avec furie la petite bande de terre qui la sépare des deux bras du marigot constitue
une situation dangereuse pour les pécheurs et leurs pirogues mais aussi pour les riverains dont
les domiciles sont envahis par les eaux, parfois en pleine saison sèche. C’est pourquoi les
populations parmi lesquelles les champions de lutte Eumeu Séne et Gris Bordeaux exigent, à
juste raison, des mesures d’accompagnement, ainsi que le quotidien ‘‘l’Enquête’’ s’en est fait
récemment l’écho. « Le marigot doit être aménagé, c’est un besoin impérieux !» disent à
l’unisson les jeunes regroupés autour de la plateforme pour le Développement Durable de

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Mbao dont Guirane Diéne est le coordinateur. En effet, c’est la solution qui permettra de
dissiper l’anxiété non seulement des riverains et des pécheurs mais aussi des habitants de
Keur Mbaye Fall, Kamb, Toll Diaz etc… qui subissent aussi certaines incommodités.
Mais l’autre grave problème qui accroit la frustration des habitants de la commune de
Mbao est cette annonce de la départementalisation de Keur Massar. Ce qui se ferait au
détriment de Mbao. Ce que, selon toute apparence l’ancien Président Abdoulaye Wade
hésitait à faire, pour ne pas provoquer un déséquilibre administratif et politique susceptible
d’entraver l’harmonie sociale et le progrès des populations dans cette vaste zone qui, il est
vrai, ne peut et ne doit plus être gérée administrativement à partir de Pikine.
En tout état de cause il existe des critères de choix d’une ville comme chef-lieu de
département … les activités économiques, l’homogénéité sociale, la démographie sont
notamment prises en compte. Il semble que ce dernier critère ait guidé dans le choix de Keur
Massar. Dans ce cas comment comprendre que dans la perspective d’un Sénégal émergent
l’on fasse abstraction du fait que Keur Massar n’est qu’une ville dortoir ? En effet, c’est dans
la zone de Mbao que sont implantées les unités industrielles et certaines parmi les plus
importantes du Sénégal (la SAR et les ICS en plus de PATISEN et d’autres établies depuis le
temps de la Z.F.I). Ceci, en sus de la pêche traditionnelle e du maraichage dans la forêt de
Mbao, elle aussi, chargée d’histoire.
L’histoire, parlons-en ; parce que les représentations historiques constituent un des
fondements essentiels du vivre ensemble dans un espace social. Mbao, village pluri-séculaire
lébu a fait naître Keur Massar sur un de ces nombreux lieux dits qui constituent ce qu’on
appelle aujourd’hui la forêt de Mbao, un lieu-dit dénommé ’’ Banxas ‘’en wolof (branchages
en français). En effet le territoire de Mbao s’étendait du littoral nord au littoral sud et de l’axe
Mbeubeuss-Boune à l’ouest au cap des Biches à, l’Est. Dans cette zone des Niayes, qui sont
des dépressions inter-dunaires, les habitants de Mbao pratiquaient des cultures pluviales
(arachide essentiellement) sur les sols dunaires (diors en wolof) et des cultures légumières de
saison sèche (patate, choux, tomate…) sur les bas-fonds (deurs en wolof). Banxas, Mbass,
Nguêne Golo, Xoly, Beul, Ndiakane, Mbeubeuss etc… autant d’appellations toponymiques
dont la signification se perd dans la nuit des temps. Aucun pouce de terrain dans ce terroir
n’échappait à la propriété coutumière des habitants de petit Mbao et grand Mbao qui ont
toujours combiné la pêche et l’agriculture. Un terroir dont l’administration coloniale détacha
800ha à la fin du XIX e

siècle pour en faire plus tard la 2éme zone de captage (après Hann),
pour l’alimentation en eau potable de la ville de Dakar. De nouvelles espèces végétales,

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l’anacardier et l’eucalyptus furent plantées sur les sols diors tandis que les deurs restaient le
domaine du palmier à huile. Mais même dans ce domaine public le colonisateur ne spolia
aucun propriétaire coutumier. En 1936 au titre de ‘’ Mbao et Dépendances’’ les Mbaois
obtinrent un siège au Conseil Municipal de Dakar. Des infrastructures (alimentation en eau,
voie d’accès, une école) allaient être construites à grand Mbao d’abord ensuite petit-Mbao,
Keur Mbaye Fall, Kamb. Mais le désenclavement de banxas (Keur Massar) situé à 4km ne se
fera que beaucoup plus tard.
Mbao est un lieu de vie où de grandes figures historiques du Sénégal avaient une ou
des ascendances. Des guides spirituels comme Serigne Mansour SY, Khalif Général des
Tidjianes , Mame Alassane Thiaw LAYE ,Khalife Général des Layénes, des chefs coutumièrs
comme les Serîn Ndakaaru Abdou Cogna DIOP , Mor Maréme DIOP, des hommes politiques
tels Ibra SECK( Maire de Rufisque de 1929 à 1933 et récemment Assane SECK, ministre,
Demba SECK Député-maire de Pikine, Mamadou SECK, Président de l’Assemblée
Nationale, l’actuel ministre de la Pêche, Alioune NDOYE ; des champions de lutte africaine,
Ousmane MBENGUE et THIAW Mbao qui contribuèrent à faire connaitre la lutte sénégalaise
hors de nos frontières, par des combats d’exhibition dans les territoires de l’AOF , à l’époque
coloniale. Mbao est donc un lieu de mémoire cher à bon nombre de nos compatriotes. Mais,
contrairement aux apparences c’est peut-être le village traditionnel où se réalisa au fil du XIXe
la plus importante interprétation ethnique au Sénégal. Sur le fond lébu, des Séréeres,des
Tukulêrs, des Péls, des Wolofs, des Soninkés, des Mandingues, firent du site historique un
creuset ethnique. En fait, dès le XVIIe s (5 juin 1765) les Français avaient fait de Mbao et son
marigot la limite-est de la presqu’ile du Cap Vert dont ils voulaient faire l’arrière-pays de
Gorée. En 1924 près de 7 décennies après leur installation à Dakar, ils créèrent la
Circonscription Dakar et Dépendances acte par lequel ils détachaient Dakar de l’autorité du
gouverneur du Sénégal établi à St louis et ils refirent de Mbao la limite d’un territoire incluant
Gorée et administré à partir de Dakar. Dans ce dispositif administratif Rufisque sera intégrée
en 1937. Mais l’ensemble fut supprimé en 1946.
L’espace de Mbao voit cohabiter depuis fort longtemps des musulmans et des
chrétiens. Le centre PIE XII devenu une église et le foyer de charité du Cap des Biches sont
des toponymes bien connus au Sénégal.
Mais si nous revenons au critère démographique nous constatons qu’autour du site
historique de Mbao est née aujourd’hui une Ville nouvelle avec l’extension de Petit-Mbao et
de Keur Mbaye Fall, la création des cités Promocap, Ndèye Marie, SIPRES, et l’occupation

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de la ZAC. L’importance numérique de la population pourrait donc s’équilibrer à terme dans
les deux communes. Ville champignon construite à la hâte sur des terres souvent
sommairement aménagées dans les anciens tollu-deurs des Mbaois, donc zone non
aedificandi, Keur Massar est sans passé pour ainsi dire, sans tradition d’organisation
administrative. Contrairement à l’axe Grand-Mbao-Petit-Mbao-Keur Mbaye Fall-Kamb, cette
ville dortoir et ville champignon n’a pas eu le temps de réaliser sa propre homogénéité
sociale. Ce qui doit donner à réfléchir.
Aux dernières nouvelles, cependant le Président de la République envisagerait
d’organiser une large concertation avec les différents segments des populations concernées
avant de prendre une décision. L’espoir est donc permis. Les atouts que notre commune peut
faire faire valoir sont réels aux plans économique, social et culturel. Vivement que les
considérations électoralistes ne prennent le pas sur l’impératif de préservation de l‘intérêt
général !
Il faut convenir avec le Président de la République que le temps est venu de créer un
département dans l’espace public des communes de Mbao et Keur Massar. Et il faut saluer la
démarche qui consiste à organiser une large concertation, préalable à la prise de décision par
laquelle l’une des deux villes sera préférée à l’autre. Souhaitons que cela se fasse au nom de
la Raison et du Progrès, avec le souci de réaliser à terme l’unité et la cohésion de cet espace
social. « Un politicien est quelqu’un qui pense à la prochaine élection tandis que
l’homme d’Etat pense à la prochaine génération … » ce propos attribué à James Freeman
Clarke est à méditer. Mais la sagesse africaine n’est pas un vain mot.

Dr Adama Baytir DIOP
Mbao
adabaytir@yahoo.fr
Mbao le 20/09/2020

L’AFRIQUE POST COVID 19 : Le double défi de la réalisation de l’unité des peuples et de la réforme de l’Etat post – colonial

L’AFRIQUE POST COVID 19 : Le double défi de la réalisation de l’unité des peuples et de la réforme de l’Etat post – colonial

 

La pandémie du Corona virus 19 et son impact dans tous les domaines de l’activité humaine ont engendré un certain nombre de réponses que certains appellent « un changement de culture ». En effet, partout dans le monde, par instinct de conservation, dirait-on la sauvegarde de la vie humaine a prévalu sur la recherche des biens matériels. Selon le psychiatre et psychanalyste Boris Crylnik les peuples ne doivent plus laisser leurs dirigeants repartir comme avant, à la fin de la crise qu’il appelle d’ailleurs « catastrophe ». En tous les cas l’Afrique doit tout mettre en œuvre pour sortir de la situation de ghetto où l’Occident et (accessoirement) l’Asie a largement contribué à la confiner depuis des millénaires.

A ce sujet, l’histoire semble se répéter, en ce sens que dans la longue durée il y’a la permanence des données : la volonté de puissance et de richesse de nos voisins, l’abondance et la diversité de nos ressources naturelles mais il y’a aussi notre résilience d’Africains. Ce qui a changé ce sont les circonstances de temps, et c’est très important ! Car forts de ces expériences faites de malheur et de déshonneur plutôt que de reconnaissance par les autres de notre dignité d’homme nous pouvons changer notre situation actuelle parce que l’histoire est aussi un instrument de libération pour celui qui a la conscience de sa propre évolution. Il s’agit de se débarrasser de cet héritage lourd de notre passé avec les autres par un « ndeup » ; une psychothérapie libératrice ; autrement dit en refusant d’être les éternelles victimes et en orientant nos esprits vers la vraie reconnaissance de notre dignité d’homme.

I :  Africains ! Portons les masques et faisons les gestes barrières

La maladie du Covid 19 est survenue en ce moment même où l’Afrique, longtemps traitée de « continent pauvre », « sans histoire », « pas civilisé » , « sans gloire », « sans héros » est redevenue l’objet de l’attention de ces anciens bourreaux qui se projetant sur le futur dans le cadre de cette perpétuelle rivalité pour la puissance et la richesse des nations, cherchent à séduire les Africains pour de nouveau mettre la main sur les richesses de leur continent sans commune mesure avec celles que recèlent les leur. Ainsi d’aucuns parmi ces gens – là déclarent que les images dégradantes sur l’Afrique sont « révolues » car disent –ils, il y’avait quand même des empires au Moyen âge sur le continent noir, il y’a eu des réussites « scientifiques » et « techniques » : avec l’astronomie dogon, certains « procédés thérapeutiques » comme le « vaccin » antivariolique des prêtresses du Vaudou, le culte de possession pratiqué par les Lèbous du Sénégal pour guérir les maladies neuropsychiatriques (ndeup en Wolof).

On sait que « l’inventivité culturelle des Africains » (musique, danse, sculpture) est reconnue, depuis l’âge d’or de l’anthropologie structurale. Bref, pour ces gens prétendument amoureux de l’Afrique, celle-ci est subitement devenue « la terre bénie de Dieu », « le nouvel eldorado », « le continent des enjeux énergétiques », « une des bonnes nouvelles de l’économie mondiale » etc. On ne tarit pas de propos flatteurs pour le continent noir. C’est donc la déconstruction ! Ce qui veut dire la défaite de la pensée logique, l’effondrement même de l’esprit rationnel. De leur côté, les Chinois déjà très présents sur le continent parlent « de grands projets avec l’Afrique » et mettant en exergue leurs investissements considérables dans le domaine des infrastructures, ils vantent leur esprit d’ingénierie, pour accroitre leur influence. Tout cela doit nous rappeler le renard et le corbeau de la fable. En effet, les déboires subis depuis les indépendances doivent instruire nos dirigeants de l’immoralité et de l’amoralité (Aron) de la politique internationale et les amener à accomplir leur devoir avec une forte dose de patriotisme, de lucidité, de courage et d’abnégation. Ceci malgré la complexité de la situation actuelle caractérisée par la pauvreté qui règne sur le continent et la trop grande dépendance (économique, financière, commerciale, politique, voire culturelle) de nos micro-Etats vis-à-vis des puissances étrangères qui nous prennent à la gorge.

Mais il n’y a pas que cela : ce regain d’intérêt pour notre continent s’accompagne de l’idée sournoise et cynique de réduire drastiquement sa population jeune dont la croissance rapide est un sujet d’inquiétude pour les pays occidentaux qui eux connaissent actuellement le vieillissement démographique et donc la diminution progressive de leur population. En effet, concernant le rapport entre la population mondiale et les ressources disponibles, les projections n’incitent guère à l’optimisme. Or, l’Afrique sera une des toutes premières puissances démographiques de la planète. A défaut pour les Européens de pouvoir envahir notre continent comme par le passé, certains esprits racistes et alarmistes pensent qu’il faut tout mettre en œuvre pour empêcher que le surpeuplement pousse les Africains à « envahir » dans un proche avenir les pays du Nord par le biais de l’immigration massive dont les prémices récentes sont le « Barça » ou « Barsax » (l’Europe ou la mort) et les Africains en transit en Afrique du Nord. Donc, le spectre de l’Afrique surpeuplée et prête à déverser son trop-plein sur l’Europe hante certains esprits. Ce n’est donc plus le « péril jaune » des années 1960, puisque la Chine est devenue riche mais un « péril noir » qu’on ne dit pas tout haut. Voilà les fantasmes qui envahissent les esprits. Et tous les moyens sont bons pour parer à toute éventualité : la persuasion par des campagnes pour l’utilisation des méthodes contraceptives, la limitation des naissances, la stérilité mais aussi l’accès des grandes étendues de terre arable sur le continent.

Mais ce qui est plus grave si c’est un fait avéré, c’est que ce qui aurait dû servir exclusivement comme arme de dissuasion dans les rivalités entre les grandes puissances (à savoir les laboratoires de virologie) serait utilisé pour endiguer l’expansion démographique de l’Afrique. Il en serait ainsi avec la propagation du VIH SIDA en Afrique et plus récemment l’apparition du virus Ebola en 2014 avec son extension curieusement limitée au seul continent noir…

II :  EN GUISE DE DECONFINEMENT : L’unité africaine comme réponse à la marginalisation

Quoi qu’il en soit il apparait que le covid 19 est un puissant facteur d’unification des élites intellectuelles africaines qui ont saisi l’occasion, transcendant les barrières linguistiques pour réfléchir et agir à l’unisson et manifester leur solidarité et en même temps montrer à la face du monde (surtout à leurs homologues) leur volonté de voir reconnaitre leur égale dignité d’homme (et de femme) avec les Blancs et les Jaunes et donc d’être traitées sur un pied d’égalité. Il n’en fallait pas plus pour que cet élan panafricaniste naisse et s’affirme après les prédictions catastrophistes annoncées sur l’Afrique, la mise à l’index d’immigrants africains comme bouc émissaires, accusés d’avoir propagé la maladie en Chine ; l’incurie dont l’OMS a fait preuve concernant l’Afrique avec Ebola puis avec Covid 19. De nombreuses voix s’élèvent sur notre continent pour demander de hâter le processus d’unification politique jusqu’à la suppression des frontières et la mise sur pied d’une fédération africaine. Celles dont rêvaient Kwame Nkrumah et Cheikh Anta DIOP et d’autres avant eux ; des Noirs de la diaspora.

En effet, créer un Etat fédéral qui regrouperait nos micro-Etats c’est favoriser l’émergence d’une puissance politique africaine capable de tenir tête à celles qui mènent le monde ou aspirent à le faire. Mais le chemin est plein d’embûches. L’Etat-nation s’est ossifié en Afrique et l’égoïsme national avec, et l’absence de convictions panafricanistes chez la plupart de nos dirigeants constituent une barrière malgré l’exigence de renforcement de l’interdépendance pour améliorer la condition des peuples africains. Il y’a surtout l’attitude des grandes puissances étrangères qui depuis nos indépendances nominales ne cessent de décourager toute politique destinée à favoriser le développement de nos pays pour nous enferrer dans une situation d’éternelle dépendance. Tout cela fait sous le voile du discours idéologique relayé par de puissants et influents médiats et des organismes d’intégration portant le manteau de défenseurs des droits humains. Instruits par les vicissitudes du passé et résolument tournés vers la transformation de notre condition de Noir africain nous ne devons pas transiger sur les moyens de parvenir à ce noble objectif. Lorsqu’un peuple prend la résolution de vivre il brise les chaines de la domination. Dans cette perspective, la poursuite de l’idéal panafricain doit se faire concomitamment avec une réforme de l’Etat-nation issu de la décolonisation. Presque partout sur le continent la république a été choisie comme forme de gouvernement. Or, la forme républicaine de l’Etat calquée sur le modèle européen n’est pas en adéquation avec nos réalités sociales et culturelles. De la même manière, la démocratie parlementaire aussi a été plaquée sur nos sociétés. Or, chacun a « le droit de combiner librement sa participation à un monde désirable et les multiples facettes de son identité » (A. TOURAINE). Voila qui est bien dit.

III :  REFORMER L’ETAT-NATION EST UNE EXIGENCE

Cette greffe de la modernité (réalisée par le colonisateur et qui a tenu après son départ) sur nos formes de sociétés traditionnelles a engendré un clivage entre une minorité formée par les élites intellectuelles sorties de l’école moderne instituée par l’administration coloniale et une large masse de gens analphabètes ou illettrés. Le Sénégal, la plus ancienne colonie française d’Afrique noire a connu une évolution spéciale que nous analyserons assez brièvement à travers le gisement de l’espace d’expériences saint -Louisien. Mais avant, nous examinerons la démocratie en Afrique à la loupe de deux auteurs africains qui appartiennent à deux générations différentes. Il s’agit du Sénégalais Ousmane Blondin DIOP (1982) et du Gabonais Elysée Eyène MBA (2002). Celui-ci généralise son jugement, Celui-là se penche sur le cas du Sénégal. Mais tous sont d’accord pour dire que la démocratie en Afrique est conçue pour servir les intérêts des élites au détriment des peuples : « La démocratie en Afrique repose sur le principe faux que le gouvernement élu est libre de gérer la nation selon ses caprices parce qu’il est l’expression de la majorité. Cette vision politique débouche sur l’emploi abusif du pouvoir de contrainte dans la mesure où celui-ci n’est pas exercé pour la sauvegarde de l’intérêt général mais plutôt pour la satisfaction des intérêts particuliers » (Elysée Eyène MBA) (1) ; « L’accession à l’indépendance développera une même conception de la politique (au sein des partis politiques à l’exception du PAI marxiste : c’est nous qui soulignons) : celui qui a le pouvoir peut en user et en abuser sous toutes les formes. Il favorise son clan, sa famille, ses amis et sa puissance repose sur une clientèle qu’il entretient aux frais de la collectivité » (Ousmane Blondin DIOP) (2).

Cette conception de la politique et de la démocratie en fait une source de division. Elle annihile l’élan patriotique et favorise la corruption, les détournements de deniers publics. Elle a élargi le fossé entre élites et classes populaires. En même temps elle a créé un antagonisme permanent au sein même de la classe politique. D’où les sempiternelles dissensions qui accompagnent les conflits où l’on met en avant la personne du leader plutôt que son programme et ses idées. Une situation que l’on peut constater partout sur le continent. Ce qui a beaucoup retardé l’éradication de la pauvreté ou accentué la paupérisation   des masses (c’est selon) favorisant l’enrichissement et la reproduction de l’élite minoritaire. Pour mettre fin à ce « mimétisme aveugle »il urge donc de promouvoir les langues nationales au rang de langues d’enseignement dans les systèmes éducatifs avec des objectifs et programmes qui promeuvent la liberté mais aussi le développement de l’esprit scientifique dans la perspective de reprise de l’initiative historique (Cheikh Anta DIOP).

Après quoi, tout sera possible : «la tropicalisation » de la démocratie, l’éclatement de notre génie créateur, l’industrialisation du continent. Dans ce cadre de reconstitution de notre identité culturelle, l’autre exigence sera la restitution de leur cohérence interne à nos systèmes de valeurs (cultures) désorganisés par les colonisateurs. Ceci devra se réaliser avec les emprunts culturels nécessaires à notre réel enrichissement.

IV : LE MODELE SAINT LOUISIEN

Il est difficile d’étudier en quelque lignes l’évolution qui fit de l’ancien comptoir français dénommé St -Louis-du Sénégal la ville chef-lieu de la colonie Sénégal cumulant momentanément cette fonction avec celle de capitale de l’Afrique Occidentale Française (AOF) puis avec celle de capitale de la Mauritanie. Cette évolution eut lieu du XVIIe au XXe siècle en deux étapes : le temps du mercantilisme (1643 – 1817) et celui de la domination coloniale (1817 – 1960) dans un espace où vécurent deux communautés sur la base de relations matérielles. De part et d’autre du comptoir les négociants français à l’aile sud et les traitants Africains au nord, ces derniers échangeant des cuirs, des peaux, de l’or, des esclaves et à partir du XVIIIe siècle la gomme arabique principalement contre des tissus, des barres de fer, des armes, des pacotilles etc…

Chacune des communautés allait s’accroître mais de façon inégale : autour des Blancs des Métis et Noirs assimilés les gens étaient beaucoup moins nombreux que dans le quartier des traitants africains, des petits commerçants et artisans qui formaient autour d’un noyau wolof du Walo et du kajor un creuset où au fil des siècles venaient sans cesse se fondre presque toutes les ethnies du Sénégal et avec la colonisation effective de  notre pays et de l’AOF ; des ressortissants de l’actuel Mali, de la Guinée Conakry, de la Mauritanie.

Outre les habitants du Nord auxquels il faut ajouter la présence permanente de familles de maîtres coraniques maures, Wolof, Tukuler, la communauté africaine était composée de pêcheurs et de piroguiers (qui aidaient les passagers des navires à débarquer) de Guet Ndar et par suite, de Goxu Mbacc face à la mer et au nord, des agriculteurs de Sor. Elle trouvait son homogénéité dans la langue wolof ; le mode de vie africain et surtout l’Islam pour les traitants commerçants et artisans.

Au temps du comptoir, les Français se contentaient de prêcher l’ouverture à la modernité par l’exemple, pour « assimiler » les Africains, les amener à adopter le mode de vie européen (lotissement de l’Ile, construction d’édifices au Sud, hygiène, goûts, principes …)

Mais jusqu’au début du XIXe s, le quartier Sud (Sindoné) moins peuplé, était celui des chrétiens et le Nord (Lodo) plus peuplé celui des musulmans.

A partir de 1817, les Gouverneurs français eu égard à la volonté de coloniser le Sénégal, utilisèrent d’autres instruments de la modernité en plus de ceux antérieurs : l’école moderne (en 1819 avec la laïcité puis l’école des Missionnaires et en 1855 réintroduction de la laïcité à côté de l’école Missionnaire, le Code civil 1830 ; l’édification de la 1ere Église d’Afrique occidentale en 1828, d’autres équipements civils : tribunal ; hôpital ; écoles). Par le principe de la participation des Africains « évolués » à la gestion de leurs propres affaires ; l’administration coloniale entendait convaincre, persuader et amener un nombre de plus en plus important d’indigènes à collaborer en toute spontanéité à l’entreprise de colonisation. Ainsi, les institutions politiques métropolitaines dont l’introduction au Sénégal fut réclamée par les négociants blancs et métis : le Conseil Général (1840 puis 1879), la Représentation parlementaire (1848 puis 1872) et la Commune de plein exercice (1872 St Louis et Gorée ; Rufisque 1880 et Dakar 1887) pouvaient compter des indigènes citoyens français parmi les hommes qui les animaient.

Les traitants et les membres citoyens de leur communauté qui habitaient les faubourgs de Guet-Ndar, Sor et à partir de 1884, les citoyens de Goxu Mbacc s’accommodèrent à la nouvelle stratégie mais réussirent à obtenir les moyens qui leur permirent de préserver leur identité d’Africains et de musulmans. Après l’érection de l’Eglise dans le quartier Sud, les traitants demandèrent l’autorisation de construire une mosquée dans leur quartier : celle-ci fut érigée de 1844 à 1846 sur le plan d’un architecte de l’administration. Ils obtinrent ensuite l’institution d’un tribunal musulman (1856) pour les affaires entre indigènes et aussi les mariages, successions etc. Après l’experience réussie en 1819 par l’instituteur Lillois Jean DARD le rétablissement par Faidherbe de l’école laïque fut une nouvelle occasion pour les enfants musulmans de fréquenter l’école moderne. Enfin une Medersa (école franco-arabe) fut ouverte dans la ville au début du XXe. Cette politique d’ouverture destinée à combattre leur attitude « pro-musulmane et antifrançaise » (Mamadou Diouf) renforça plutôt leur attachement à leurs valeurs et à leurs croyances.

Ainsi l’espace st-Louisien, laboratoire de la modernité en Afrique noire put devenir un point de passage obligé dans leur parcours pour les cadres (les tout premiers en Afrique noire) et intellectuels tous originaires des quatre Communes ou venus de divers horizons du Sénégal et d’ailleurs. Le modèle st-Louisien est caractérisé par l’esprit d’ouverture sur la base de l’attachement profond aux principes et valeurs des cultures négro-africaines et aux convictions religieuses musulmanes. Et par conséquent le refus de la non-reconnaissance de cette identité.

Ainsi donc, des Africains musulmans vécurent pendant plus de 300 ans sans perdre leur âme dans un espace restreint avec des chrétiens (Blancs, Métis et Noirs assimilés) ; dans le respect mutuel de leurs différences, avec en partage les instruments de la modernité : l’autorité administrative, l’école moderne, les inventions techniques, la république, la démocratie, les institutions politiques et administratives, l’armée…

Poussant la logique jusqu’au bout la génération actuelle de dirigeants politiques sénégalais s doit faire ce que celles qui l’ont précédée depuis les indépendances n’avaient pas réussi à faire : s’approprier ce passé en « en retrouvant l’esprit qui permet de faire d’aussi grandes choses … » (P. Valery). Autrement dit, instruits par l’expérience saint-Louisienne, accommodons le contenu de la république et de la démocratie occidentale à nos traditions revues à l’aune des exigences de notre temps. « L’Etat africain ne devrait pas rechercher son substrat dans une hypothétique cohésion nationale mais plutôt dans l’hétérogénéité qu’il parviendrait à gérer en réalisant un compromis sur les institutions » (Babacar GUEYE : constitutionaliste). En effet, avec l’abandon du jacobinisme et le retour aux valeurs africaines de solidarité, de partage et de participation à la vie collective et un souci de satisfaire aux exigences de notre époque, nous éviterons le gâchis que constituent l’exclusion et la dispersion des intelligences et des énergies, les frustrations et les rancœurs si préjudiciables à l’œuvre de construction nationale et à la réalisation de l’unité africaine. Le Sénégal pourrait servir de modèle en Afrique.

Agressions – réactions, instabilité des rapports de pouvoir interne : une permanence sur le continent noir mais pas la fatalité !  En Afrique, plus qu’ailleurs « le changement de culture » est devenu une nécessité, une exigence ainsi que nous l’avons montré. Tout nous y incite : le passé, le présent et l’avenir. On l’a dit il est difficile de transformer les mentalités, surtout dans nos sociétés où ce vieux problème est lié à notre histoire et à nos valeurs et principes. Mais la vie est mouvement et le monde est mécanique. Arrêtons le mimétisme aveugle et rassemblons nos forces.  Construisons enfin la puissance africaine que certaines de nos grandes figures historiques appelaient de tous leurs vœux et sacrifièrent leur vie pour sa réalisation. Ayons confiance en nous-mêmes. Cessons de nous laisser confiner dans cette image du Noir d’Afrique resté le même « depuis le néolithique » (F. Iniesta) incapable de créativité et d’inventivité pour transformer la nature. Ayons confiance en nos capacités intellectuelles réelles et potentielles avec l’atout que constitue la jeunesse de nos populations. Réhabilitons par une volonté politique sans faille nos langues nationales car les langues d’emprunt sont loin d’être indifférentes à la formation de nos esprits. Démocratisons la quête des savoirs et ouvrons-nous aux sciences et techniques. Ainsi nous aurons créé un humanisme africain ; avec notre spiritualité légendaire.

 

 

Dr. Adama Baytir DIOP, Historien, ancien enseignant à l’UGB de Saint Louis

adabaytir@yahoo.fr

 

1) Elisée E Mba « Démocratie et développement en Afrique face au libéralisme »

L’harmattan Paris 2002

2) Ousmane Blondin Diop « Les héritiers d’une indépendance » NEA Dakar 1982

L’AFRIQUE POST COVID 19 : Le double défi de la réalisation de l’unité des peuples et de la réforme de l’Etat post – colonial

 

La pandémie du Corona virus 19 et son impact dans tous les domaines de l’activité humaine ont engendré un certain nombre de réponses que certains appellent « un changement de culture ». En effet, partout dans le monde, par instinct de conservation, dirait-on la sauvegarde de la vie humaine a prévalu sur la recherche des biens matériels. Selon le psychiatre et psychanalyste Boris Crylnik les peuples ne doivent plus laisser leurs dirigeants repartir comme avant, à la fin de la crise qu’il appelle d’ailleurs « catastrophe ». En tous les cas l’Afrique doit tout mettre en œuvre pour sortir de la situation de ghetto où l’Occident et (accessoirement) l’Asie a largement contribué à la confiner depuis des millénaires.

A ce sujet, l’histoire semble se répéter, en ce sens que dans la longue durée il y’a la permanence des données : la volonté de puissance et de richesse de nos voisins, l’abondance et la diversité de nos ressources naturelles mais il y’a aussi notre résilience d’Africains. Ce qui a changé ce sont les circonstances de temps, et c’est très important ! Car forts de ces expériences faites de malheur et de déshonneur plutôt que de reconnaissance par les autres de notre dignité d’homme nous pouvons changer notre situation actuelle parce que l’histoire est aussi un instrument de libération pour celui qui a la conscience de sa propre évolution. Il s’agit de se débarrasser de cet héritage lourd de notre passé avec les autres par un « ndeup » ; une psychothérapie libératrice ; autrement dit en refusant d’être les éternelles victimes et en orientant nos esprits vers la vraie reconnaissance de notre dignité d’homme.

I :  Africains ! Portons les masques et faisons les gestes barrières

La maladie du Covid 19 est survenue en ce moment même où l’Afrique, longtemps traitée de « continent pauvre », « sans histoire », « pas civilisé » , « sans gloire », « sans héros » est redevenue l’objet de l’attention de ces anciens bourreaux qui se projetant sur le futur dans le cadre de cette perpétuelle rivalité pour la puissance et la richesse des nations, cherchent à séduire les Africains pour de nouveau mettre la main sur les richesses de leur continent sans commune mesure avec celles que recèlent les leur. Ainsi d’aucuns parmi ces gens – là déclarent que les images dégradantes sur l’Afrique sont « révolues » car disent –ils, il y’avait quand même des empires au Moyen âge sur le continent noir, il y’a eu des réussites « scientifiques » et « techniques » : avec l’astronomie dogon, certains « procédés thérapeutiques » comme le « vaccin » antivariolique des prêtresses du Vaudou, le culte de possession pratiqué par les Lèbous du Sénégal pour guérir les maladies neuropsychiatriques (ndeup en Wolof).

On sait que « l’inventivité culturelle des Africains » (musique, danse, sculpture) est reconnue, depuis l’âge d’or de l’anthropologie structurale. Bref, pour ces gens prétendument amoureux de l’Afrique, celle-ci est subitement devenue « la terre bénie de Dieu », « le nouvel eldorado », « le continent des enjeux énergétiques », « une des bonnes nouvelles de l’économie mondiale » etc. On ne tarit pas de propos flatteurs pour le continent noir. C’est donc la déconstruction ! Ce qui veut dire la défaite de la pensée logique, l’effondrement même de l’esprit rationnel. De leur côté, les Chinois déjà très présents sur le continent parlent « de grands projets avec l’Afrique » et mettant en exergue leurs investissements considérables dans le domaine des infrastructures, ils vantent leur esprit d’ingénierie, pour accroitre leur influence. Tout cela doit nous rappeler le renard et le corbeau de la fable. En effet, les déboires subis depuis les indépendances doivent instruire nos dirigeants de l’immoralité et de l’amoralité (Aron) de la politique internationale et les amener à accomplir leur devoir avec une forte dose de patriotisme, de lucidité, de courage et d’abnégation. Ceci malgré la complexité de la situation actuelle caractérisée par la pauvreté qui règne sur le continent et la trop grande dépendance (économique, financière, commerciale, politique, voire culturelle) de nos micro-Etats vis-à-vis des puissances étrangères qui nous prennent à la gorge.

Mais il n’y a pas que cela : ce regain d’intérêt pour notre continent s’accompagne de l’idée sournoise et cynique de réduire drastiquement sa population jeune dont la croissance rapide est un sujet d’inquiétude pour les pays occidentaux qui eux connaissent actuellement le vieillissement démographique et donc la diminution progressive de leur population. En effet, concernant le rapport entre la population mondiale et les ressources disponibles, les projections n’incitent guère à l’optimisme. Or, l’Afrique sera une des toutes premières puissances démographiques de la planète. A défaut pour les Européens de pouvoir envahir notre continent comme par le passé, certains esprits racistes et alarmistes pensent qu’il faut tout mettre en œuvre pour empêcher que le surpeuplement pousse les Africains à « envahir » dans un proche avenir les pays du Nord par le biais de l’immigration massive dont les prémices récentes sont le « Barça » ou « Barsax » (l’Europe ou la mort) et les Africains en transit en Afrique du Nord. Donc, le spectre de l’Afrique surpeuplée et prête à déverser son trop-plein sur l’Europe hante certains esprits. Ce n’est donc plus le « péril jaune » des années 1960, puisque la Chine est devenue riche mais un « péril noir » qu’on ne dit pas tout haut. Voilà les fantasmes qui envahissent les esprits. Et tous les moyens sont bons pour parer à toute éventualité : la persuasion par des campagnes pour l’utilisation des méthodes contraceptives, la limitation des naissances, la stérilité mais aussi l’accès des grandes étendues de terre arable sur le continent.

Mais ce qui est plus grave si c’est un fait avéré, c’est que ce qui aurait dû servir exclusivement comme arme de dissuasion dans les rivalités entre les grandes puissances (à savoir les laboratoires de virologie) serait utilisé pour endiguer l’expansion démographique de l’Afrique. Il en serait ainsi avec la propagation du VIH SIDA en Afrique et plus récemment l’apparition du virus Ebola en 2014 avec son extension curieusement limitée au seul continent noir…

II :  EN GUISE DE DECONFINEMENT : L’unité africaine comme réponse à la marginalisation

Quoi qu’il en soit il apparait que le covid 19 est un puissant facteur d’unification des élites intellectuelles africaines qui ont saisi l’occasion, transcendant les barrières linguistiques pour réfléchir et agir à l’unisson et manifester leur solidarité et en même temps montrer à la face du monde (surtout à leurs homologues) leur volonté de voir reconnaitre leur égale dignité d’homme (et de femme) avec les Blancs et les Jaunes et donc d’être traitées sur un pied d’égalité. Il n’en fallait pas plus pour que cet élan panafricaniste naisse et s’affirme après les prédictions catastrophistes annoncées sur l’Afrique, la mise à l’index d’immigrants africains comme bouc émissaires, accusés d’avoir propagé la maladie en Chine ; l’incurie dont l’OMS a fait preuve concernant l’Afrique avec Ebola puis avec Covid 19. De nombreuses voix s’élèvent sur notre continent pour demander de hâter le processus d’unification politique jusqu’à la suppression des frontières et la mise sur pied d’une fédération africaine. Celles dont rêvaient Kwame Nkrumah et Cheikh Anta DIOP et d’autres avant eux ; des Noirs de la diaspora.

En effet, créer un Etat fédéral qui regrouperait nos micro-Etats c’est favoriser l’émergence d’une puissance politique africaine capable de tenir tête à celles qui mènent le monde ou aspirent à le faire. Mais le chemin est plein d’embûches. L’Etat-nation s’est ossifié en Afrique et l’égoïsme national avec, et l’absence de convictions panafricanistes chez la plupart de nos dirigeants constituent une barrière malgré l’exigence de renforcement de l’interdépendance pour améliorer la condition des peuples africains. Il y’a surtout l’attitude des grandes puissances étrangères qui depuis nos indépendances nominales ne cessent de décourager toute politique destinée à favoriser le développement de nos pays pour nous enferrer dans une situation d’éternelle dépendance. Tout cela fait sous le voile du discours idéologique relayé par de puissants et influents médiats et des organismes d’intégration portant le manteau de défenseurs des droits humains. Instruits par les vicissitudes du passé et résolument tournés vers la transformation de notre condition de Noir africain nous ne devons pas transiger sur les moyens de parvenir à ce noble objectif. Lorsqu’un peuple prend la résolution de vivre il brise les chaines de la domination. Dans cette perspective, la poursuite de l’idéal panafricain doit se faire concomitamment avec une réforme de l’Etat-nation issu de la décolonisation. Presque partout sur le continent la république a été choisie comme forme de gouvernement. Or, la forme républicaine de l’Etat calquée sur le modèle européen n’est pas en adéquation avec nos réalités sociales et culturelles. De la même manière, la démocratie parlementaire aussi a été plaquée sur nos sociétés. Or, chacun a « le droit de combiner librement sa participation à un monde désirable et les multiples facettes de son identité » (A. TOURAINE). Voila qui est bien dit.

III :  REFORMER L’ETAT-NATION EST UNE EXIGENCE

Cette greffe de la modernité (réalisée par le colonisateur et qui a tenu après son départ) sur nos formes de sociétés traditionnelles a engendré un clivage entre une minorité formée par les élites intellectuelles sorties de l’école moderne instituée par l’administration coloniale et une large masse de gens analphabètes ou illettrés. Le Sénégal, la plus ancienne colonie française d’Afrique noire a connu une évolution spéciale que nous analyserons assez brièvement à travers le gisement de l’espace d’expériences saint -Louisien. Mais avant, nous examinerons la démocratie en Afrique à la loupe de deux auteurs africains qui appartiennent à deux générations différentes. Il s’agit du Sénégalais Ousmane Blondin DIOP (1982) et du Gabonais Elysée Eyène MBA (2002). Celui-ci généralise son jugement, Celui-là se penche sur le cas du Sénégal. Mais tous sont d’accord pour dire que la démocratie en Afrique est conçue pour servir les intérêts des élites au détriment des peuples : « La démocratie en Afrique repose sur le principe faux que le gouvernement élu est libre de gérer la nation selon ses caprices parce qu’il est l’expression de la majorité. Cette vision politique débouche sur l’emploi abusif du pouvoir de contrainte dans la mesure où celui-ci n’est pas exercé pour la sauvegarde de l’intérêt général mais plutôt pour la satisfaction des intérêts particuliers » (Elysée Eyène MBA) (1) ; « L’accession à l’indépendance développera une même conception de la politique (au sein des partis politiques à l’exception du PAI marxiste : c’est nous qui soulignons) : celui qui a le pouvoir peut en user et en abuser sous toutes les formes. Il favorise son clan, sa famille, ses amis et sa puissance repose sur une clientèle qu’il entretient aux frais de la collectivité » (Ousmane Blondin DIOP) (2).

Cette conception de la politique et de la démocratie en fait une source de division. Elle annihile l’élan patriotique et favorise la corruption, les détournements de deniers publics. Elle a élargi le fossé entre élites et classes populaires. En même temps elle a créé un antagonisme permanent au sein même de la classe politique. D’où les sempiternelles dissensions qui accompagnent les conflits où l’on met en avant la personne du leader plutôt que son programme et ses idées. Une situation que l’on peut constater partout sur le continent. Ce qui a beaucoup retardé l’éradication de la pauvreté ou accentué la paupérisation   des masses (c’est selon) favorisant l’enrichissement et la reproduction de l’élite minoritaire. Pour mettre fin à ce « mimétisme aveugle »il urge donc de promouvoir les langues nationales au rang de langues d’enseignement dans les systèmes éducatifs avec des objectifs et programmes qui promeuvent la liberté mais aussi le développement de l’esprit scientifique dans la perspective de reprise de l’initiative historique (Cheikh Anta DIOP).

Après quoi, tout sera possible : «la tropicalisation » de la démocratie, l’éclatement de notre génie créateur, l’industrialisation du continent. Dans ce cadre de reconstitution de notre identité culturelle, l’autre exigence sera la restitution de leur cohérence interne à nos systèmes de valeurs (cultures) désorganisés par les colonisateurs. Ceci devra se réaliser avec les emprunts culturels nécessaires à notre réel enrichissement.

IV : LE MODELE SAINT LOUISIEN

Il est difficile d’étudier en quelque lignes l’évolution qui fit de l’ancien comptoir français dénommé St -Louis-du Sénégal la ville chef-lieu de la colonie Sénégal cumulant momentanément cette fonction avec celle de capitale de l’Afrique Occidentale Française (AOF) puis avec celle de capitale de la Mauritanie. Cette évolution eut lieu du XVIIe au XXe siècle en deux étapes : le temps du mercantilisme (1643 – 1817) et celui de la domination coloniale (1817 – 1960) dans un espace où vécurent deux communautés sur la base de relations matérielles. De part et d’autre du comptoir les négociants français à l’aile sud et les traitants Africains au nord, ces derniers échangeant des cuirs, des peaux, de l’or, des esclaves et à partir du XVIIIe siècle la gomme arabique principalement contre des tissus, des barres de fer, des armes, des pacotilles etc…

Chacune des communautés allait s’accroître mais de façon inégale : autour des Blancs des Métis et Noirs assimilés les gens étaient beaucoup moins nombreux que dans le quartier des traitants africains, des petits commerçants et artisans qui formaient autour d’un noyau wolof du Walo et du kajor un creuset où au fil des siècles venaient sans cesse se fondre presque toutes les ethnies du Sénégal et avec la colonisation effective de  notre pays et de l’AOF ; des ressortissants de l’actuel Mali, de la Guinée Conakry, de la Mauritanie.

Outre les habitants du Nord auxquels il faut ajouter la présence permanente de familles de maîtres coraniques maures, Wolof, Tukuler, la communauté africaine était composée de pêcheurs et de piroguiers (qui aidaient les passagers des navires à débarquer) de Guet Ndar et par suite, de Goxu Mbacc face à la mer et au nord, des agriculteurs de Sor. Elle trouvait son homogénéité dans la langue wolof ; le mode de vie africain et surtout l’Islam pour les traitants commerçants et artisans.

Au temps du comptoir, les Français se contentaient de prêcher l’ouverture à la modernité par l’exemple, pour « assimiler » les Africains, les amener à adopter le mode de vie européen (lotissement de l’Ile, construction d’édifices au Sud, hygiène, goûts, principes …)

Mais jusqu’au début du XIXe s, le quartier Sud (Sindoné) moins peuplé, était celui des chrétiens et le Nord (Lodo) plus peuplé celui des musulmans.

A partir de 1817, les Gouverneurs français eu égard à la volonté de coloniser le Sénégal, utilisèrent d’autres instruments de la modernité en plus de ceux antérieurs : l’école moderne (en 1819 avec la laïcité puis l’école des Missionnaires et en 1855 réintroduction de la laïcité à côté de l’école Missionnaire, le Code civil 1830 ; l’édification de la 1ere Église d’Afrique occidentale en 1828, d’autres équipements civils : tribunal ; hôpital ; écoles). Par le principe de la participation des Africains « évolués » à la gestion de leurs propres affaires ; l’administration coloniale entendait convaincre, persuader et amener un nombre de plus en plus important d’indigènes à collaborer en toute spontanéité à l’entreprise de colonisation. Ainsi, les institutions politiques métropolitaines dont l’introduction au Sénégal fut réclamée par les négociants blancs et métis : le Conseil Général (1840 puis 1879), la Représentation parlementaire (1848 puis 1872) et la Commune de plein exercice (1872 St Louis et Gorée ; Rufisque 1880 et Dakar 1887) pouvaient compter des indigènes citoyens français parmi les hommes qui les animaient.

Les traitants et les membres citoyens de leur communauté qui habitaient les faubourgs de Guet-Ndar, Sor et à partir de 1884, les citoyens de Goxu Mbacc s’accommodèrent à la nouvelle stratégie mais réussirent à obtenir les moyens qui leur permirent de préserver leur identité d’Africains et de musulmans. Après l’érection de l’Eglise dans le quartier Sud, les traitants demandèrent l’autorisation de construire une mosquée dans leur quartier : celle-ci fut érigée de 1844 à 1846 sur le plan d’un architecte de l’administration. Ils obtinrent ensuite l’institution d’un tribunal musulman (1856) pour les affaires entre indigènes et aussi les mariages, successions etc. Après l’experience réussie en 1819 par l’instituteur Lillois Jean DARD le rétablissement par Faidherbe de l’école laïque fut une nouvelle occasion pour les enfants musulmans de fréquenter l’école moderne. Enfin une Medersa (école franco-arabe) fut ouverte dans la ville au début du XXe. Cette politique d’ouverture destinée à combattre leur attitude « pro-musulmane et antifrançaise » (Mamadou Diouf) renforça plutôt leur attachement à leurs valeurs et à leurs croyances.

Ainsi l’espace st-Louisien, laboratoire de la modernité en Afrique noire put devenir un point de passage obligé dans leur parcours pour les cadres (les tout premiers en Afrique noire) et intellectuels tous originaires des quatre Communes ou venus de divers horizons du Sénégal et d’ailleurs. Le modèle st-Louisien est caractérisé par l’esprit d’ouverture sur la base de l’attachement profond aux principes et valeurs des cultures négro-africaines et aux convictions religieuses musulmanes. Et par conséquent le refus de la non-reconnaissance de cette identité.

Ainsi donc, des Africains musulmans vécurent pendant plus de 300 ans sans perdre leur âme dans un espace restreint avec des chrétiens (Blancs, Métis et Noirs assimilés) ; dans le respect mutuel de leurs différences, avec en partage les instruments de la modernité : l’autorité administrative, l’école moderne, les inventions techniques, la république, la démocratie, les institutions politiques et administratives, l’armée…

Poussant la logique jusqu’au bout la génération actuelle de dirigeants politiques sénégalais s doit faire ce que celles qui l’ont précédée depuis les indépendances n’avaient pas réussi à faire : s’approprier ce passé en « en retrouvant l’esprit qui permet de faire d’aussi grandes choses … » (P. Valery). Autrement dit, instruits par l’expérience saint-Louisienne, accommodons le contenu de la république et de la démocratie occidentale à nos traditions revues à l’aune des exigences de notre temps. « L’Etat africain ne devrait pas rechercher son substrat dans une hypothétique cohésion nationale mais plutôt dans l’hétérogénéité qu’il parviendrait à gérer en réalisant un compromis sur les institutions » (Babacar GUEYE : constitutionaliste). En effet, avec l’abandon du jacobinisme et le retour aux valeurs africaines de solidarité, de partage et de participation à la vie collective et un souci de satisfaire aux exigences de notre époque, nous éviterons le gâchis que constituent l’exclusion et la dispersion des intelligences et des énergies, les frustrations et les rancœurs si préjudiciables à l’œuvre de construction nationale et à la réalisation de l’unité africaine. Le Sénégal pourrait servir de modèle en Afrique.

Agressions – réactions, instabilité des rapports de pouvoir interne : une permanence sur le continent noir mais pas la fatalité !  En Afrique, plus qu’ailleurs « le changement de culture » est devenu une nécessité, une exigence ainsi que nous l’avons montré. Tout nous y incite : le passé, le présent et l’avenir. On l’a dit il est difficile de transformer les mentalités, surtout dans nos sociétés où ce vieux problème est lié à notre histoire et à nos valeurs et principes. Mais la vie est mouvement et le monde est mécanique. Arrêtons le mimétisme aveugle et rassemblons nos forces.  Construisons enfin la puissance africaine que certaines de nos grandes figures historiques appelaient de tous leurs vœux et sacrifièrent leur vie pour sa réalisation. Ayons confiance en nous-mêmes. Cessons de nous laisser confiner dans cette image du Noir d’Afrique resté le même « depuis le néolithique » (F. Iniesta) incapable de créativité et d’inventivité pour transformer la nature. Ayons confiance en nos capacités intellectuelles réelles et potentielles avec l’atout que constitue la jeunesse de nos populations. Réhabilitons par une volonté politique sans faille nos langues nationales car les langues d’emprunt sont loin d’être indifférentes à la formation de nos esprits. Démocratisons la quête des savoirs et ouvrons-nous aux sciences et techniques. Ainsi nous aurons créé un humanisme africain ; avec notre spiritualité légendaire.

 

 

Dr. Adama Baytir DIOP, Historien, ancien enseignant à l’UGB de Saint Louis

adabaytir@yahoo.fr

 

1) Elisée E Mba « Démocratie et développement en Afrique face au libéralisme »

L’harmattan Paris 2002

2) Ousmane Blondin Diop « Les héritiers d’une indépendance » NEA Dakar 1982

 

La SENCOM ,une societe de communication qui se positionne en Afrique et s’ouvre a l’international

La Sénégalaise de la communication (Sencom) est une société de communication
pilotée par des professionnels des médias et de la communication. Elle a pour but
de participer à la production d’une information de qualité en destination du public
sénégalais. En fait, Sencom part du constat, largement partagé, qu’il y a un déficit de
contenu de qualité dans les médias sénégalais, l’audiovisuel en particulier.
C’est pourquoi Sencom s’est donné comme objectif de se positionner dans la
production de contenu surtout dans le Sénégal des profondeurs. Son travail consiste
à aller dans les profondeurs du pays, largement ignorées par les médias nationaux,
pour réaliser des reportages, découvertes, enquêtes de terrains, portraits de
personnes œuvrant dans le développement dans tous les secteurs : éducation,
santé, économie, culture, sport…
Sencom entend ainsi nouer des partenariats avec les télévisions. De ce fait, ces
productions sont susceptibles d’être publiées dans n’importe quelle télévision du
pays et même de l’étranger. Cet apport permettra aux médias de mieux rendre
compte des réalités du pays, au lieu de se limiter presque toujours à Dakar et dans
les villes environnantes.
Enfin, Sencom servira également d’incubateur aux jeunes journalistes. Avec
Sencom, ils auront l’occasion de mieux découvrir les charmes du métier, de
s’aguerrir davantage grâce à ce travail de terrain. Cette expérience leur permettra
également d’explorer l’intérieur du pays, de mieux connaître les réalités des terroirs
et d’avoir une vision plus nette et plus globale du Sénégal.

 

SENEGAL: LOT № 06 OUEST FOIRE, DAKAR SENEGAL
Contacts: +221 76 632-75-75 /+221 77 665-66-24 / +221 33 848-06-45
CANADA: 10 IMPASSE ROGER- PARIZEAU
Contact: +1819-664-4759
Watchap: +33 684-42-04-01

Sédhiou : Un plan d’action inclusif contre la réémergence des maladies zoonotiques

Sédhiou : Un plan d’action inclusif contre la réémergence des maladies zoonotiques

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Sédhiou : Un plan d’action inclusif contre la réémergence des maladies zoonotiques
La réapparition des maladies émergentes ou réémergentes est une réalité au Sénégal selon le chef du service régional de l’élevage et des productions animales de Sedhiou. Abdou Sané d’en déduire que 75% de ces maladies sont d’origine zoonotique.
Pour préserver la santé des populations, la commission de communication et d’engagement du comité national de gestion des épidémies (Congé) a rencontré la presse régionale ce mardi.
L’objectif était d’élaborer un plan d’action participatif et communautaire pour lutter contre les tumeurs ou le parachutage, les maladies zoonotiques prioritaires et mobiliser ces acteurs pour un engagement communautaire.
Mohamadou Diop, le coordonnateur des activités communautaires au niveau de CCP dit avoir opté pour cette approche inclusive pour mieux réussir le pari de la mobilisation communautaire. Il a plaidé pour que les populations retournent vers les structures de santé afin que la pandémie de la Covid-19 ne déblaie pas un terrain favorable à ces maladies zoonotiques.