
Réunies à Dakar autour de l’initiative « Building resilience », les Premières dames d’Afrique unissent leurs voix et leurs actions pour fortifier le continent face aux crises contemporaines. En sonnant le rappel des forces vives, elles s’engagent en première ligne pour transformer les vulnérabilités de leurs pays en leviers de développement durable et d’autonomisation.
Réunies à Dakar, ses membres ont procédé au lancement officiel de la campagne « Building Resilience », consacrée au renforcement de la résilience des femmes et des filles face au changement climatique et aux conflits. A l’ouverture de la rencontre, la Première dame du Sénégal, Marie Khone Faye, a rappelé que les conséquences de ces crises se mesurent d’abord dans le quotidien des populations. Elle a évoqué les mères des banlieues confrontées aux inondations, les femmes de Saint-Louis menacées par l’avancée de la mer et celles du Ferlo contraintes de parcourir de longues distances pour trouver de l’eau.

A ces difficultés s’ajoutent les déplacements liés aux conflits, la fragilisation des revenus et le retrait des filles de l’école. «L’Afrique ne bâtira rien de durable sans les femmes et les filles», martèle-t-elle. Pour elle, renforcer leur résilience ne relève plus d’une simple exigence, mais d’une nécessité face à des crises récurrentes. L’enjeu est de leur donner les moyens de se relever, de préserver leurs activités et de participer aux décisions qui engagent leur avenir. L’engagement de Marie Khone Faye repose sur deux priorités : l’éducation des filles et l’autonomisation économique des femmes.
Sur 5 000 filles, 88 % sont frappées par les phénomènes climatiques
Des chiffres alarmants sur la situation des fillesLa directrice pays de Plan International Sénégal, Salimata Bocoum, a apporté un éclairage chiffré sur les conséquences des crises. S’appuyant sur le rapport 2026 de l’organisation Changer son avenir, elle a présenté les résultats d’une recherche menée auprès de 5 000 filles et jeunes femmes âgées de 15 à 24 ans dans cinq pays, dont le Sénégal. Selon les données exposées, 88 % des filles interrogées au Sénégal estiment que les phénomènes climatiques exercent une pression importante sur leur survie, leur santé et la stabilité de leur foyer. Elles sont 68 % à signaler des difficultés croissantes d’accès aux services de santé reproductive dans leurs communautés.
Les conséquences touchent également la protection des mineures. 34% des participantes sénégalaises rapportent une augmentation des mariages avant 18 ans dans leur communauté, tandis que 13 % déclarent s’être mariées avant cet âge à la suite d’un événement climatique. Par ailleurs, 25 % signalent une hausse des grossesses non désirées et 28 % une augmentation des violences basées sur le genre. «Le changement climatique n’est pas neutre du point de vue du genre», souligne-t-elle, appelant à traduire ces données en décisions publiques et en résultats mesurables.
Présidente de l’Opdad, la Première dame de Sierra Leone, Fatima Maada Bio, rappelle que l’organisation, créée en 2002 dans le contexte de la lutte contre le VIH/Sida, a progressivement élargi son champ d’action à la santé maternelle et infantile, à l’éducation, à la protection des filles et à l’autonomisation des femmes. Lancée en septembre 2025, la campagne «Building Resilience» vise à articuler ces priorités et à mobiliser gouvernements, institutions publiques, partenaires au développement, société civile et secteur privé. Les interventions des autres Premières dames ont illustré la diversité des réponses nécessaires. Toutefois, le défi reste celui de la concrétisation.

La résilience ne peut reposer uniquement sur la capacité des femmes à surmonter les épreuves : elle exige des financements, des services de santé accessibles, une éducation continue et des mécanismes de protection efficaces. De surcroît, les Premières dames ont affiché, à Dakar, leur volonté de mutualiser leurs expériences et de renforcer leur action. La réussite de «Building Resilience» se mesurera désormais à sa capacité à améliorer durablement les conditions de vie des femmes et des filles les plus exposées aux crises.
